capteur

Se libérer des données, se fier à ses sensations

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Fernando Arcos - Pexels

Quels sont les indicateurs que vous retenez pour connaître votre état de forme du jour ? Sur la base de quel diagnostic vous décidez que votre prochaine séance d’entraînement sera d’intensité légère, modérée ou intense ? Je vous faisais part dans un précédent billet du danger à être préoccupé, de manière obsessionnelle, par les données. Pour ma part, je me fie davantage au court temps introspectif me permettant de me connecter à moi-même plutôt qu’au rapport produit automatiquement par l’application dernier cri sur mon smartphone et qui me promet de me dire dans quel état de forme je suis… L’échelle proposée par Laurent et al. (2011) est elle une invitation à sonder votre niveau de récupération perçue. Utilisée avant la séance d’entraînement, c’est un moyen pratique d’évaluer votre récupération jour après jour et ainsi d’estimer votre niveau de performance sur la séance suivante :

Laurent 1L’une des caractéristiques de notre société est l’omniprésence de l’information, la forte appétence pour les données brutes, les chiffres. La donnée objective tombe comme un couperet, et laisse peu de place au développement de l’esprit critique, à l’apprentissage sur soi, à l’éducation. Le milieu de l’entraînement sportif n’échappe pas à cette avalanche de données et de rapports. Une revue systématique de la littérature a été conduite afin de comparer l’intérêt de mesures objectives évaluées au repos ou au cours de l’entraînement (marqueurs sanguins, fréquence cardiaque) comparativement à des mesures subjectives (humeur, stress perçu par exemples) pour suivre les réponses aux variations de charges d’entraînement des sportifs. Les principaux résultats ont montré que les données subjectives reflètent les variations de charges d’entraînement avec une sensibilité supérieure à celle des données objectives. Ainsi, selon les auteurs, dans le cadre du suivi quotidien du sportif, les mesures subjectives devraient jouer un rôle central pour suivre l’état de forme d’un sportif en réponse aux charges d’entraînement ; et les données objectives présentant un haut niveau d’évidence scientifique venir compléter le suivi. Ces données subjectives seront d’autant plus fiables que le sportif aura été très tôt acculturé à s’écouter et à prendre des décisions sur la base de ses ressentis. Finalement, comme le propose James Williams, un ancien de Google qui a démissionné pour devenir philosophe : « A court terme, ces outils (i.e. les nouvelles technologies) nous détournent des choses que nous avons à faire. A long terme, cela peut nous détourner de la vie que nous voulons mener… Ces technologies privilégient nos impulsions et pas nos intentions ». Pour chacun d’entre nous, il s’agit de retrouver le contrôle de notre relation à la technologie afin qu’elle ne vienne pas perturber ce cheminement ô combien important vers la connaissance de soi.

Il ne s’agit que de mon opinion personnelle

Un cadeau « empoisonné »

L’utilisation excessive des nouvelles technologies nuit à votre sommeil

Ivan Oboleninov

Ivan Oboleninov, Pexels

Axel rencontre des problèmes de sommeil depuis cinq ans déjà, ce qui coïncide avec un nouveau travail qui lui offrait alors de belles perspectives. Une évolution professionnelle qui lui ouvrait de nombreuses portes, mais qui lui a fermé les portes du sommeil. Sa fiancée, soucieuse de son état de santé, lui a offert pour Noël l’un de ces nombreux capteurs de sommeil disponibles sur le marché. Depuis qu’il le porte en permanence sur le bras, ce sont les bras de Morphée qu’il ne parvient plus à trouver. Axel n’est pas le seul, environ 10% de la population posséderait un tel capteur tandis que la moitié envisagerait de s’en procurer un prochainement. Un terme a récemment vu le jour pour qualifier les personnes obsessionnellement préoccupées par l’amélioration de leur sommeil : l’orthosomnie (le « sommeil correct »). La première chose que ces personnes font au lever est de consulter le compte-rendu de la nuit fourni par l’application associée au capteur. Elles anticipent une journée difficile lorsque le bilan affiche moins de 8 heures de sommeil au compteur. Certaines vont même jusqu’à consulter, au moindre réveil nocturne, le téléphone pour suivre « en temps réel » le déroulé de la nuit… Or, deux méthodes sont aujourd’hui validées scientifiquement et utilisées pour enregistrer le sommeil : l’actimétrie et la polysomnographie. Si l’actimétrie enregistre précisément les mouvements au cours de la nuit, la polysomnographie permet d’enregistrer notamment l’activité électrique du cerveau. L’actimétrie, tout comme la plupart des capteurs présents sur le marché, ne permet en aucun cas de définir les stades de sommeil (sommeil léger, sommeil profond et sommeil paradoxal), seule la polysomnographie le permet. Plusieurs études scientifiques ont en effet montré que les capteurs présents sur le marché sont incapables de repérer avec précision les stades de sommeil ainsi que les temps d’éveil au cours de la nuit. De plus, un manque de transparence dans les algorithmes utilisés rend difficile toute étude de validation. Alors, il est grand temps pour Axel et les personnes hyper connectées de reprendre les rênes de leur sommeil, et de laisser le capteur et ses multiples données à leur juste place. Si vous aussi vous utilisez de tels capteurs, faites nous part de vos impressions en suivant ce lien.

Mathieu Nedelec, chercheur en sciences, avec une expertise dans les domaines de la récupération et du sommeil. Sylvie Gendreau accompagne des entrepreneurs et des créateurs dans la mise en place de stratégies ingénieuses pour réussir leur vie et leurs projets. Nous lirons vos réponses avec attention et nous vous préviendrons de la publication d'articles ou l'organisation d'activités susceptibles de vous aider à résoudre vos problèmes de sommeil.

Un cadeau « empoisonné »

Axel rencontre des problèmes de sommeil depuis cinq ans déjà, ce qui coïncide avec un nouveau travail qui lui offrait alors de belles perspectives. Une évolution professionnelle qui lui ouvrait de nombreuses portes, mais qui lui a fermé les portes du sommeil. Sa fiancée, soucieuse de son état de santé, lui a offert l’un de ces nombreux capteurs de sommeil disponibles sur le marché. Depuis qu’il le porte en permanence sur le bras, ce sont les bras de Morphée qu’il ne parvient plus à trouver. Axel n’est pas le seul, environ 10% de la population posséderait un tel capteur tandis que la moitié envisagerait de s’en procurer un prochainement. Un terme a récemment vu le jour pour qualifier les personnes obsessionnellement préoccupées par l’amélioration de leur sommeil : l’orthosomnie (le « sommeil correct »). La première chose que ces personnes font au lever est de consulter le compte-rendu de la nuit fourni par l’application associée au capteur. Elles anticipent une journée difficile lorsque le bilan affiche moins de 8 heures de sommeil au compteur. Certaines vont même jusqu’à consulter, au moindre réveil nocturne, le téléphone pour suivre « en temps réel » le déroulé de la nuit… Or, deux méthodes sont aujourd’hui validées scientifiquement et utilisées pour enregistrer le sommeil : l’actimétrie et la polysomnographie. Si l’actimétrie enregistre précisément les mouvements au cours de la nuit, la polysomnographie permet d’enregistrer notamment l’activité électrique du cerveau. L’actimétrie, tout comme la plupart des capteurs présents sur le marché, ne permet en aucun cas de définir les stades de sommeil (sommeil léger, sommeil profond et sommeil paradoxal), seule la polysomnographie le permet. Plusieurs études scientifiques ont en effet montré que les capteurs présents sur le marché sont incapables de repérer avec précision les stades de sommeil ainsi que les temps d’éveil au cours de la nuit. De plus, un manque de transparence dans les algorithmes utilisés rend difficile toute étude de validation. Alors, il est grand temps pour Axel et les personnes hyper connectées de reprendre les rênes de leur sommeil, et de laisser le capteur et ses multiples données à leur juste place.

Il ne s’agit que de mon opinion personnelle