mélatonine

Usage des écrans raisonné, sommeil préservé !

Et vous, quelle est votre relation aux écrans ?

Fauxels 3

Une réunion de travail ordinaire et « hyperconnectée ». Les différents protagonistes s’installent et déballent, à tour de rôle, ordinateurs, smartphones et tablettes. La réunion durera 1h30 et verra nombre des participants consulter frénétiquement smartphones, tablettes et ordinateurs - voire les trois en même temps - au cours de la réunion… Les jeunes adultes aussi sont concernés, évidemment. Selon une récente enquête, 90% des jeunes adultes surfent sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter, etc.) au cours des deux heures qui précèdent le coucher, et 59% d’entre eux ont le portable allumé dans la chambre au cours de la nuit. Qui dit portable allumé dit réception de messages en pleine nuit par un ami noctambule et entretien du « cercle des insomniaques connectés » ! Outre l’effet néfaste d’une utilisation excessive des nouvelles technologies au cours de la journée sur le sommeil (Thomée et al., 2007), s’exposer aux écrans avant le coucher est également contre-productif. Cette exposition augmente le niveau de vigilance, d’une part du fait de la suppression de la sécrétion de mélatonine par la lumière bleue qui émane des écrans, et d’autre part par le contenu engageant et stimulant de ces médias. Selon Arora et al. (2014), des processus cognitifs complexes (prise de décision, résolution de problème, mémorisation) opèrent lors de l’utilisation de ces médias, ce qui pourrait augmenter la difficulté à « débrancher » le cerveau et lâcher-prise au moment de l’endormissement. Sachez toutefois que les conséquences néfastes varient en fonction du support choisi. Ainsi, consulter frénétiquement Facebook avant le coucher et y poster des commentaires se traduit en moyenne par une heure de sommeil en moins par nuit ! Regarder la télévision avant le coucher se traduit par une vingtaine de minutes de sommeil en moins par nuit tandis qu’écouter de la musique rend l’endormissement difficile (Arora et al., 2014). Finalement, l’accès illimité à la lumière artificielle et la possibilité de créer des environnements lumineux artificiels permanents, sont des facteurs cruciaux dans la réduction du temps de sommeil des sociétés humaines industrialisées. Selon le philosophe Michel Serres, de l’essor des nouvelles technologies, un nouvel humain est né : il le baptise « Petite Poucette », clin d’œil à la maestria avec laquelle les messages fusent de ses pouces. Sa philosophie invite à réconcilier le moderne et l’ancien. Il apparaît difficile aujourd’hui de prôner l’élimination des nouvelles technologies, omniprésentes dans le quotidien, et la déconnexion digitale permanente afin de préserver le sommeil. Une meilleure utilisation des nouvelles technologies reste possible. Il s’agit de retrouver le contrôle de notre relation à la technologie. Soyez intentionnel ! James Williams, un ancien de Google qui a démissionné pour devenir philosophe, s’exprime en ces termes : « A court terme, ces outils nous détournent des choses que nous avons à faire. A long terme, cela peut nous détourner de la vie que nous voulons mener… Ces technologies privilégient nos impulsions et pas nos intentions ».

Mathieu Nedelec, chercheur en sciences, avec une expertise dans les domaines de la récupération et du sommeil. Sylvie Gendreau accompagne des entrepreneurs et des créateurs dans la mise en place de stratégies ingénieuses pour réussir leur vie et leurs projets. Nous lirons vos réponses avec attention et nous vous préviendrons de la publication d'articles ou l'organisation d'activités susceptibles de vous aider à résoudre vos problèmes de sommeil.

1A3Q : Youngstedt et al. (J Physiol 2019)

Dans le cadre de cette chronique, intitulée "1A3Q" pour "1 Article 3 Questions", je vous présente le protocole, les résultats principaux ainsi que les applications pratiques à retirer d'une étude scientifique ayant retenu mon attention. Aujourd'hui, je vous propose l'étude de ... Youngstedt et al. (J Physiol 2019)

Qu’est-ce qu’ils ont fait ?

L’horloge interne de l’organisme régule l’ensemble de nos rythmes biologiques. Dans cette étude, les auteurs ont évalué l’influence d’une heure de course sur tapis roulant à intensité modérée sur l’horloge interne, évaluée au moyen du recueil régulier de la mélatonine urinaire. Le protocole a été réalisée par une centaine de personnes, des hommes et des femmes, des sujets jeunes et âgés.

Qu’est-ce qu’ils ont trouvé ?

L’exercice réalisé le matin (7h) et en début d’après-midi (13h à 16h) a permis d’avancer l’horloge interne, tandis que l’exercice réalisé en soirée (19h à 22h) a permis de retarder l’horloge interne. L’impact de l’exercice était similaire, chez les hommes et les femmes, chez les sujets jeunes et âgés.

Applications pratiques

De nombreuses personnes sont sujettes aux décalages de l’horloge interne, dans le cadre du travail posté et de nuit, ou dans le cadre de voyages professionnels avec décalage horaire. Cette étude montre l’intérêt de l’exercice pour se resynchroniser, en plus des multiples effets bénéfiques de l’exercice sur la santé. Un intérêt sur la resynchronisation qui pourrait même être supérieur si l’exercice est associé à une exposition lumineuse.