Un sommeil olympien

Pourquoi le sommeil sera un enjeu fort pour conquérir l’or olympique à Paris 2024 ?

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Les Jeux Olympiques et Paralympiques de Tokyo 2020 sont à peine achevés que les regards sont désormais tournés vers Paris 2024. J’ai pioché au cours des Jeux de multiples anecdotes qui soulignent l’importance du sommeil et de la récupération dans l’atteinte d’une performance sportive de haut niveau. Les sportifs sont déjà de retour à l’entraînement : une olympiade qui sera courte, dense et intense. Et au cours de laquelle le sommeil sera bel et bien un enjeu majeur pour décrocher la médaille d’or à Paris.

L’une des préoccupations de la préparation terminale pour Tokyo 2020 concernait la gestion du décalage horaire vers la capitale nippone, soit 7 heures de décalage vers l’est depuis Paris. Outre l’exposition à la lumière à des heures opportunes, l’heure de réalisation des derniers entraînements était un synchroniseur important à considérer. L’une des plus belles réussites est celle de Jean Quiquampoix qui a multiplié les entraînements à l’heure nippone avant de s’envoler et progressivement se synchroniser à l’heure tokyoïte. Avec le succès que l’on sait. Une fois sur site, et la compétition lancée, l’enjeu pour de nombreux sportifs est de réitérer des performances de premier choix. Les sports collectifs français ont été particulièrement à la fête à Tokyo, même si le sommeil des joueurs et joueuses français(es) n’a pas été épargné, voire même parfois malmené. Les joueurs français du handball ont dû enchaîner des matches matinaux, à 9h, suivis deux jours plus tard par un match à 21h30 (heures locales). Ce qui nécessite de revoir de fond en comble l’organisation du jour de match. Earvin Ngapeth, l’un des joueurs les plus vus au cours du tournoi de volley-ball, commençait pour sa part à tout juste trouver le sommeil lorsqu’il a eu la désagréable surprise de recevoir la visite des contrôleurs antidopage à 6 heures du matin, juste après la victoire donnant aux volleyeurs accès à la finale olympique. Pour les joueurs comme pour le staff, la nuit aussi entre deux matches peut être l’occasion de remue-méninges intenses. Après la défaite en soirée contre le Japon en demi-finales, Valérie Garnier, sélectionneuse de l’équipe de France de basket féminin, a dû immédiatement se projeter vers son match pour la médaille de bronze, prévu dès le lendemain matin. Elle a travaillé jusqu’à quatre heures du matin avec son staff pour trouver un moyen de contrer l’équipe serbe. Afin de limiter au maximum les effets néfastes d’un réveil (trop) matinal sur la performance dans des matches avec un tel enjeu, les basketteurs américains ont eux trouvé une solution. La délégation américaine avait en effet privatisé un hôtel à proximité de la Super Arena de Saitama qui accueillait la finale olympique, prévue à 11h30 ! Une autre discipline qui nécessite de réitérer les performances, c’est bien la natation. A Tokyo, les meilleurs nageurs ont dû jongler entre des séries le soir et une finale olympique prévue le lendemain matin. Un paramètre crucial à intégrer dans la préparation et qui peut faire la différence entre une place de finaliste et l’accès au podium, entre une médaille de bronze et une médaille d’or. Une récente étude a en effet montré que la performance en natation aux Jeux Olympiques (Athènes 2004, Pékin 2008, Londres 2012, Rio 2016) est en partie déterminée par l’heure à laquelle les nageurs entrent dans l’eau : les meilleurs temps sont réalisés en fin d’après-midi (vers 17h) et sont bien meilleurs que ceux réalisés au petit matin (vers 8h). Ce qui pourrait in fine déterminer l’accès au podium olympique voire la couleur de la médaille obtenue. Tout en ayant le souhait d’anticiper un maximum de paramètres, le sportif et son staff doivent aussi savoir faire preuve de souplesse et d’adaptation permanente. Parfois même quelques heures seulement avant le départ de la course préparée de si longue date. Aux Jeux de Tokyo, l’horaire du marathon femmes a été décalé la veille du départ en raison des fortes chaleurs qui s’abattaient sur la ville de Sapporo. 6 heures du matin au lieu de 7 heures ! Le problème étant que de nombreuses marathoniennes étaient sûrement déjà en train de dormir lorsque la nouvelle est tombée…

La santé mentale des sportifs a été particulièrement médiatisée au cours de ces Jeux, les exemples les plus saisissants étant ceux de Naomi Nosaka ou de Simone Biles. Dans un consensus du Comité International Olympique (CIO) paru en 2019 sur la santé mentale des sportifs de haut niveau, la question du sommeil - et en particulier de l’insomnie - était clairement posée. Afin de prévenir au maximum les troubles du sommeil et préserver la santé mentale des sportifs, le CIO y recommandait d’optimiser les différents environnements accueillant les sportifs. Le village olympique est un de ces environnements. Une optimisation de l’environnement de sommeil est hautement souhaitée, au-delà de seulement voir mieux que les lits en carton du village olympique japonais. A trois ans des Jeux de Paris 2024, alors que l’engouement médiatique va progressivement grimper, les chantiers ne manquent pas afin de préserver le sommeil, la santé mentale, la récupération et la performance des sportifs français.

Il ne s’agit que de mon opinion personnelle

 
 

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